Yannick Fouda, Psed, PhD, Directeur du bien‑être au travail et de l’innovation au Groupe Évie, observe une préoccupation grandissante chez les gestionnaires : comment déterminer le bon moment pour intervenir afin de préserver la santé psychologique et la performance de leur équipe ?
Cet échange a été réalisé dans le cadre d’une rencontre organisée avec Pratiques RH, où le Dr Yannick Fouda a partagé son expertise sur la prévention de l’épuisement et la santé psychologique au travail.
Dans plusieurs organisations, les gestionnaires jonglent avec différentes façons de soutenir leurs employés, sans toujours savoir quelle approche adopter. Pour le Dr Fouda, la première étape consiste à lire correctement les signaux envoyés par l’équipe. Une analyse attentive combinée à des interventions simples et ciblées permet d’éviter l’accumulation de fatigue et de maintenir un fonctionnement sain et durable.

Quand le corps et l’esprit tirent la sonnette d’alarme
Dans de nombreux milieux de travail, les gestionnaires oscillent entre retrait et sur‑implication. Pour le Dr Fouda, l’essentiel est d’apprendre à reconnaître les signaux précurseurs indiquant qu’un employé a besoin de souffler. Fatigue, irritabilité, erreurs répétées et surcharge émotionnelle sont des indicateurs clés souvent sous‑estimés.
Spécialiste de la santé mentale organisationnelle, il rappelle que l’observation, l’analyse et un diagnostic juste sont essentiels pour prévenir l’épuisement, mieux gérer les risques psychosociaux et soutenir la performance durable. La charge émotionnelle, notamment dans les emplois en contact direct avec la clientèle, fait partie des éléments souvent oubliés.
Mais au-delà des réactions individuelles, certaines dynamiques d’équipe devraient aussi attirer l’attention des gestionnaires.
Comprendre l’état de l’équipe pour agir au bon moment
Titulaire d’un PhD en santé mentale, le Dr Yannick Fouda accompagne les organisations qui cherchent à comprendre ce qui fragilise leurs équipes. Il est fréquemment appelé lorsque les premiers signes d’essoufflement ont déjà été ignorés.
« Souvent, on m’appelle quand le feu est pris. Le ou la dirigeant.e observe un taux de roulement élevé, un stress à la hausse ou encore une augmentation de congés d’arrêt maladie à l’approche d’un échéancier. »
Ces situations ne surgissent jamais soudainement : elles se développent au fil de signaux d’alerte qui passent souvent inaperçus par manque de temps ou de ressources.
Les signaux d’alerte à ne plus ignorer
Dans le quotidien d’une équipe, plusieurs indices montrent qu’un malaise s’installe : surcharge de travail, tensions non résolues, conflits répétés, sentiment d’insécurité ou perte de repères.
Ces signaux ne sont pas de simples irritants. Ils révèlent une pression croissante qui peut mener à l’épuisement ou au désengagement si elle n’est pas prise au sérieux. Pourtant, beaucoup d’organisations réagissent encore avec des solutions ponctuelles — formations, activités de cohésion, team building — utiles, mais insuffisantes si les causes profondes ne sont pas adressées.
« Dans l’évaluation du diagnostic sur le bien‑être au travail, il manque souvent un élément : la charge émotionnelle absorbée par les employé.e.s en contact direct avec la clientèle. »
— Dr Yannick Fouda
Dans plusieurs secteurs, ces rôles exigent une grande disponibilité émotionnelle.
« Selon la CNESST, ce travail est à risque d’épuisement. »
Ces signaux renvoient directement à des enjeux plus larges qui touchent l’organisation : ceux des risques psychosociaux, désormais incontournables pour les employeurs.
Les risques psychosociaux : une responsabilité incontournable
Depuis 2026, les employeurs ont l’obligation d’identifier, analyser et prévenir les risques psychosociaux pouvant nuire à la santé mentale, à la présence au travail et à la performance.
Les principaux incluent : surcharge, manque de reconnaissance, stress chronique, harcèlement, violence (incluant sexuelle, conjugale ou familiale), incivilités, manque d’autonomie et non‑respect du droit à la déconnexion.
Les organisations qui prennent ces risques au sérieux mettent en place une culture durable de prévention, essentielle pour réduire les crises internes et soutenir la performance.
Pour réduire ces risques, les organisations doivent aussi soutenir l’adoption d’habitudes concrètes qui favorisent la récupération et un fonctionnement sain.
Ancrer des habitudes de mieux‑être qui soutiennent l’équipe
Le Dr Fouda remarque que chacun définit le bien‑être différemment.
« Pour certains, c’est arriver motivé ; pour d’autres, ce sont les relations entre collègues. »
Pour lui, bâtir une culture durable n’est pas l’affaire d’une seule personne, mais de l’ensemble de l’organisation.
Certaines entreprises y parviennent avec des rituels simples, comme le Défi de l’Avent d’Emballages Carrousel, où les employés posent chaque jour un geste favorisant leur bien‑être (« Je me déconnecte », « Je prends une pause », « Je bouge »). Ces actions contribuent à normaliser les comportements de récupération.
Et parmi les facteurs qui influencent le plus le mieux‑être au quotidien, le stress demeure l’un des plus importants à comprendre et à apprivoiser.
Comprendre et apprivoiser le stress au travail
Un certain niveau de stress fait partie du quotidien et peut même soutenir la performance. Le Dr Fouda souligne toutefois que la différence entre un stress “utile” et un stress “nocif” doit être comprise clairement.
« Il est impossible d’éliminer complètement le stress. L’important est de comprendre à quel type de stress nous faisons face. »
Quelques questions clés aident les gestionnaires :
- Comment chaque personne réagit-elle sous pression ?
- Comment l’équipe vit-elle les échéanciers ?
- L’organisation a‑t‑elle une stratégie de gestion du stress ?
Plus d’une personne adulte sur cinq au Québec considère ses journées comme très stressantes — un rappel clair de l’importance d’un soutien organisationnel solide.
Pour accompagner concrètement les organisations dans cette démarche de prévention et de compréhension du stress, certaines formations peuvent jouer un rôle clé.
Bâtir un milieu de travail où le mieux‑être devient un réflexe collectif
Pour le Dr Yannick Fouda, le mieux‑être au travail repose sur une série de gestes alignés : observer les signaux, poser un bon diagnostic, reconnaître la charge émotionnelle, prévenir les risques psychosociaux, instaurer des habitudes durables et comprendre les mécanismes du stress.
En adoptant une approche proactive, humaine et cohérente, les organisations peuvent non seulement prévenir l’épuisement, mais aussi renforcer l’engagement, la cohésion et la performance à long terme.
👉 Parce qu’une équipe qui respire mieux… performe mieux.
Le Groupe Évie, au cœur de la solution
Formation – Gérer ses émotions au travail
Cette formation de 7 heures aide les participants à mieux comprendre leurs émotions, reconnaître leur impact sur l’efficacité au travail et adopter des stratégies pour transformer la colère, la frustration ou la surcharge en leviers positifs.
Ils repartent avec des outils pratiques pour améliorer le climat relationnel, favoriser une communication authentique et renforcer la sécurité psychologique au sein de l’équipe.
Atelier – Le stress en milieu de travail : prendre soin de soi et de son équipe
Cet atelier interactif permet de comprendre les mécanismes du stress, d’en identifier les effets sur la santé psychologique et la performance, et d’explorer des stratégies individuelles et collectives pour renforcer la résilience.
L’objectif : outiller les gestionnaires et les équipes pour créer un environnement de travail sain, collaboratif et durable.