Guide pratique pour des milieux de travail sains et durables
La santé mentale au travail est aujourd’hui un enjeu central pour les organisations québécoises. Avec l’entrée en vigueur de la Loi 27 sur les risques psychosociaux, les gestionnaires et responsables RH sont appelés à aller au-delà des intentions et à mettre en place des actions concrètes, adaptées à leur réalité.
Dans ce contexte, le webinaire « Risques psychosociaux : de la prévention à l’action », animé par Yannick Fouda, directeur du bien-être au travail et de l’innovation au Groupe Évie, propose un cadre clair pour passer de l’observation à l’intervention efficace.
Appuyée sur plus de 25 ans d’expertise en psychoéducation et en accompagnement organisationnel, cette approche met l’accent sur la compréhension fine du milieu, plutôt que sur des solutions génériques déconnectées du terrain.
Repérer les signaux d’alerte avant qu’il ne soit trop tard
La prévention des risques psychosociaux commence par la capacité à reconnaître les signaux faibles. Comme le souligne Yannick Fouda, le stress agit comme un canal par lequel toutes les situations professionnelles difficiles affectent le bien-être, la productivité et les relations de travail.
Ces signaux se manifestent à différents niveaux.
Au niveau comportemental
- Irritabilité accrue ou impatience inhabituelle
- Retrait progressif, diminution de la participation
- Cynisme, discours défaitiste (« ça ne changera jamais »)
- Baisse de la collaboration
Au niveau opérationnel
- Augmentation des erreurs
- Conflits récurrents mobilisant du temps de gestion
- Hausse de l’absentéisme ou des arrêts de travail
- Roulement de personnel plus élevé
Les signaux faibles
- Silences inhabituels en réunion
- Perte de sens exprimée par les employés
- Désengagement progressif
Un point clé : lorsque ces signaux deviennent visibles, la situation est souvent déjà avancée. Les individus tentent de s’ajuster et de maintenir leur performance jusqu’à ce que leurs capacités soient dépassées.
C’est pourquoi la vigilance doit être collective, et non portée uniquement par les gestionnaires. Créer un climat où il est possible de nommer ce qui est observé devient un levier de prévention majeur.
Distinguer les irritants passagers des problèmes structurels
Toutes les tensions ne nécessitent pas le même type d’intervention.

Au niveau individuel
Deux questions simples permettent d’orienter l’analyse :
- Y a-t-il une détresse psychologique réelle ?
- La personne demeure-t-elle fonctionnelle dans ses tâches ?
Un stress ponctuel se distingue d’un stress chronique qui s’installe et érode progressivement le bien-être.
Au niveau organisationnel
Les irritants passagers sont souvent :
- ponctuels et identifiables ;
- liés à des périodes de pointe prévisibles ;
- réglables par des ajustements ciblés.
Les problèmes structurels, se reconnaissent par :
- la récurrence des mêmes difficultés ;
- un sentiment d’injustice persistant ;
- un flou dans les rôles ;
- un manque de reconnaissance ;
- un discours résigné (« ça fait des années que c’est comme ça »).
Quand un problème revient malgré les interventions, c’est souvent qu’un facteur structurel n’a pas été correctement identifié.
C’est précisément dans ces situations qu’une évaluation des risques psychosociaux (RPS) permet de prendre du recul et de comprendre ce qui se joue réellement dans le système organisationnel.
En savoir plus sur …
Notre approche d’évaluation des risques psychosociaux (RPS)
Décoder le climat d’équipe : ce que les silences révèlent
Un climat d’équipe fragilisé se traduit rarement par un seul événement. Il s’installe progressivement, souvent de façon silencieuse.
Parmi les signes observés :
- postures défensives constantes ;
- réactions disproportionnées ;
- recours aux arguments d’autorité ;
- formation de sous-groupes ;
- lourdeur dans les échanges.
Un phénomène particulièrement préoccupant est le silence organisationnel. Certaines équipes projettent une image de cohésion (« on est une famille ») alors que les enjeux ne sont plus nommés pour éviter les conflits. À long terme, ce non-dit mine le climat de l’intérieur.
Le cerveau humain n’aime pas les impasses.
Même sans solution immédiate, savoir qu’une démarche est en cours réduit le stress et restaure un sentiment de sécurité.
De la parole à l’action : poser les bons gestes
Créer des espaces de parole sécuritaires
Dans les contextes de surcharge, plus la pression augmente, moins on se parle. Pourtant, les espaces de parole sont un prérequis à toute action efficace.
Deux types d’espaces sont essentiels :
- collectifs, pour nommer la pression vécue et ajuster ensemble ;
- individuels, pour aborder les situations sensibles en toute confidentialité.
Ces espaces doivent être structurés, légitimés et protégés pour éviter qu’ils ne deviennent des lieux de débordement.
Éviter le piège des actions déconnectées
Multiplier les initiatives sans diagnostic clair (yoga, activités sociales, formations génériques) peut donner l’impression d’agir… sans répondre aux besoins réels.
Parfois, l’ajustement le plus porteur est simple : plus de temps d’échange, plus de clarté, plus de reconnaissance.
Transformer la prévention en démarche durable
La Loi 27 n’est pas une obligation ponctuelle : elle s’inscrit dans la durée. Elle invite les organisations à bâtir une infrastructure de bien-être psychologique.
Comme tout investissement structurant, cela implique :
- un effort initial ;
- une vision à moyen et long terme ;
- des retombées durables.
Les bénéfices observés :
- diminution de l’absentéisme et du roulement ;
- amélioration du climat et de la collaboration ;
- renforcement de la marque employeur ;
- meilleure capacité d’autorégulation des équipes.
Découvrir nos stratégies de bien-être au travail
Les stratégies de bien-être au travail permettent de structurer cette démarche de façon cohérente et réaliste.
En conclusion
Passer de la prévention à l’action en matière de risques psychosociaux ne repose pas sur des solutions ponctuelles ou des actions isolées. Cela demande une compréhension fine du milieu et une démarche structurée dans le temps.
Une approche durable repose sur trois niveaux indissociables :
- L’organisation, en agissant sur les structures, les processus et les zones de pression propres à son contexte ;
- La gestion, en outillant les gestionnaires pour intervenir de façon humaine, cohérente et réaliste ;
- L’individu, en soutenant le développement de stratégies personnelles adaptées aux réalités du travail.
Aucun de ces niveaux ne peut compenser l’absence des autres. C’est leur intégration qui permet de créer un milieu de travail réellement sain, résilient et capable de s’adapter dans le temps.
Au Groupe Évie, nous accompagnons les organisations à chacune de ces étapes — de l’évaluation des risques psychosociaux à la mise en place de stratégies de bien-être concrètes, en cohérence avec leur culture et leurs réalités.
👉 Une consultation exploratoire gratuite de 30 minutes est offerte afin de vous aider à clarifier vos besoins et identifier les leviers les plus pertinents pour votre organisation.